Les idéalistes sont donc les premiers penseurs des relations internationales. Ils doivent s'assigner un objectif de gouvernabilité et sont tenus ainsi d'accorder au poids des principes la même importance de la logique de l'opportunité, ou de la valeur intimidatrice de la menace. Le juridisme affiché des relations diplomatiques incorpore une finalité régulatrice, qui vise à influencer les comportements des autres acteurs. Elle a commencé à en contrôler le processus, grâce aux ressources de la science et de la technologie, pendant que la mort des forêts, le progrès de la désertification, l'épuisement et la pollution des mers, le tarissement des sources d'énergie font peser le tribut de la misère sur les faibles et refoulent les nécessiteux vers les zones plus prospères du monde. Au cœur d'un univers où tout est signifiant, une accumulation de handicaps, fortement médiatisés, pousse au paroxysme de l'inacceptable. La moralité et l'évolution morale des États en résultent, avec cette distinction que la morale des individus peut obéir à l'engagement personnel et à une logique transparente des convictions privées, tandis que la moralité des États a le droit d'être équivoque. a. L'extrême urgence des maux de la terre est un message, parmi d'autres, des risques qui peuvent conduire les hommes, riches et pauvres, à « se livrer les uns et les autres à des actes contre nature » (K. Fukni). Les auteurs des deux manuels mentionnent aussi d’autres types de théoriciens. Son anthropologie philosophique est là, donatrice de son idée de l'histoire et de sa vision de la politique. Elles explorent une réalité complexe, qui associe, de manière inextricable, ce que nous opposons sous le registre de l'être et du devoir-être » (I. Prigogine). En traitant des problèmes de paix et de sécurité et les liant au sens et à la fonction du progrès scientifique, l'interrogation sur le sujet « Comment faire face au futur ? Le rapport de mépris ou de respect envers les individus et envers les formes politiques constituées joue comme un facteur différentiel d'efficacité. Les paradigmes de rationalité, réalistes et néo-réalistes de l'action étatique, se sont assigné pour but de purger les relations internationales, de visions ou valeurs métapolitiques et métastratégiques. La vocation à l'universel contredit la loi de l'enrichissement réciproque, qui consiste à donner et à recevoir, à établir un commerce de langues et d'expressions diverses, dans le domaine de l’esprit. 1 Philippe Braillard, Théories des relations internationales (Paris, Presses universitaires de Franc ; 1 Selon Philippe Braillard, « on peut dire, d’une façon tout à fait générale, qu’une théorie est une expression, qui se veut cohérente et systématique, de notre connaissance de ce que nous nommons la réalité. » se demandait Oscar Wilde. L'affrontement traditionnel relatif à la place de la morale et du droit dans les relations interétatiques a reposé sur deux conceptions, jumelées et opposées, de la société internationale, l'une idéaliste, l'autre réaliste ; expressions, la première, d'un optimisme et, la deuxième, d'un pessimisme philosophique, qu'inspirent respectivement une multitude de solidarismes et de volontarismes, de projets et d'actions. Il en est tout autrement du comportement du réaliste. En même temps, et en réaction à ce mouvement, des cultures fermées, xénophobes, particularistes et locales émergent d'un autre âge, et s'opposent au processus d'universalisation et à celui de sécularisation et de modernisation qui accompagne le premier. Ce même homme, pour qui l'unité de la politique d'État est caractérisée par la distinction entre la moralité de l’individu et l'amoralité de l’État, considère que l’impératif de ce dernier consiste à s'affirmer comme pouvoir face au citoyen et comme puissance au regard du monde. Celui qui veut comprendre l'histoire ne peut proclamer d'avance l'injustice d'un conflit ou d'une guerre, au risque d'en méconnaître le sens et la fonction, bref le rapport d'inhérence à l'homme et à la politique. Le plus souvent le terme d’idéalisme se réfère aux idéalistes de l'entre-deux-guerres : Alfred Zimmern, David Mitrany, James Shotwell, Gilbert Murray, Graham Wallas. Dans une conjoncture planétaire et dans un système qui unifie en une perspective unique des civilisations hétérogènes, insérer des visions des civilisations non européennes et des conceptions de l'histoire autres, dans l'analyse des relations internationales, c'est tenir compte des répercussions des conceptions traditionnelles sur l'ordre mondial et sur le comportement de certains acteurs, étatiques ou subétatiques, de la scène mondiale. Le libéralisme internationaliste de l’entre-deux-guerres. À l'examen même approximatif de l'idéalisme légaliste, il saute immédiatement aux yeux que celui-ci revêt deux aspects principaux : la non-reconnaissance des mutations produites par la force et le refus d'accepter la logique du fait accompli. 2. L'acteur, individuel ou collectif, n'est intelligible que par référence à la conjoncture et aux psychismes de ses déterminismes culturels. Les réalistes tâchent de vivre ce monde comme un univers impur, mais intelligible, et refusent l'idéal d'une action ou d'un savoir, qui échappe aux tourments du changement, dans lequel nous reconnaissons notre liberté de choix et notre idée de rationalité. Les diplomaties de tous les régimes politiques et celles, en particulier, des régimes autoritaires sont souvent soumises aux impondérables de la psychologie et aux réactions imprévisibles des chefs charismatiques. C'est bien dans le pouvoir de sanction que réside l'antinomie capitale entre la légitimité classique des États, érigée sur le principe de l'égalité des droits entre les unités politiques, et la légitimité d'un forum international, visant à sanctionner par les armes, d'un acteur principal ou d'une coalition d'acteurs, les violations d'une norme, édictée par la communauté internationale. Réside-t-elle en une prise de partie divergente face au monde, en une appréciation diverse, sur le sens accordé aux événements et sur le rapport entre faits et valeurs ? Dans cette perspective, la sécurité d'une nation dépend de plus en plus de la sécurité des autres, et l'identification des caractéristiques communes des peuples, constitue un aspect de tout premier plan, dans l'établissement d'un climat de confiance, à rechercher sans relâche. Tant que la vie internationale conservera un caractère mixte, mi-social et mi-asocial, l'action diplomatico-stratégique gardera un caractère antinomique et la morale de la politique étrangère sera, elle aussi, équivoque et hybride, différente, en son essence, de celle des individus. Cette naturalisation des relations de puissances et des intérêts opposés fixe l'idée, selon laquelle, dans un univers où les principes moraux ne peuvent se réaliser que partiellement, ils peuvent toutefois trouver un champ d'application dans l'équilibrage provisoire des intérêts et dans le règlement précaire des conflits et des crises. Puisque l'idée de l'humanité n'est pas donnée immédiatement aux hommes, la pleine expression de la richesse humaine conduit, d'une part, à la pluralité des États, inégaux et hétérogènes et, de l'autre, à l'individualisation et aux particularismes nationaux de la culture. En Relations Internationales, le réalisme classique apparaît officiellement au lendemain de la seconde Guerre mondiale. L'alternative de ceux qui s'opposent à la justification oligopolistique de la violence légitime, prétendant forcer en brèche le paradigme réaliste de la pluralité des souverainetés militaires, en appelle à la revendication, selon laquelle « une seule souveraineté est admissible, celle du droit » (R. J. Dupuy). Elle a contraint les hommes au réalisme authentique, et donc à la prise en considération la plus large de toute la réalité, sous toutes ses formes, politiques, militaires, économiques, démographiques et psychologiques, en d'autres termes, rationnelles et irrationnelles. Le discours organisé et institutionnel, étatique et supraétatique, se nourrit de la « parole » anonyme des opinions et des masses et s'identifie simultanément aux besoins de légitimation des élites politiques d'un pays, d'une conjoncture et d'une époque. Y a-t-il une théorie du droit international, satisfaisante et efficace, capable d'apporter une contribution substantielle à la cause de la paix ? Cherchant à éclairer l'ensemble des relations internationales, elle ne peut se satisfaire de théories partielles (Middle Range Théories) focalisées autour de certaines catégories de phénomènes, mais prétend s'étendre à plusieurs champs d'investigation, qui se sont constitués autour de domaines jadis négligés, que les politiques appellent « régimes », espaces denses en relations institutionnelles, se situant entre les États et les sociétés. Il contribue ainsi à un travail de rationalisation des rapports internationaux et engendre par là une dynamique favorable à l'établissement de la confiance et de la sécurité, facilitant les procédures de coopération, l'acceptation d'instances d'arbitrage, le règlement de différends ou de litiges, et l'intégration, par la négociation, des sources de tension ou de conflit. Dans l'ordre international, le réaliste perçoit très clairement l'autonomie de la vie morale, vis-à-vis de la vie naturelle de l'État. Par quel autre dilemme serait pris l'homme d'État qui veuille préserver ou instaurer un ordre international stable, s'il n'était en mesure de comprendre et de concilier la fureur, parfois sanglantes des grands perturbateurs, et la ruse, souvent cynique, de la conservation ou de la simple prudence. « Les sciences ne reflètent pas l'identité statique d'une raison, à laquelle il faut se soumettre ou résister, elles participent à la création du « sens », au même titre que l'ensemble des pratiques humaines. Les problèmes éthiques, soulevés par des conflits qui pourraient conduire au suicide ou à des blessures mortelles de tous ou d'une partie des belligérants, sont reconduits le plus souvent aux moyens et aux formes de ces conflits possibles, tandis que les arguments historiques concernent davantage les ambitions et les buts des acteurs et les répercussions de leurs issues sur la vie des peuples, la configuration des systèmes et le devenir collectif de l'humanité. La concentration ou la dispersion de la puissance influencent ici les délibérations et les stratégies adoptées ; le caractère, révolutionnaire ou conservateur, des élites, correspondant aux types décrits. L'approche idéaliste change de forme ou d'expression, selon qu'elle fasse référence aux impératifs du droit international ou de l'idée historique. La surabondance du discours juridique et de la justification normative à propos du « droit d'ingérence ou d’intrusion », évoquant l'avènement du règne de la loi, traduit-elle en profondeur un changement de la société interétatique ? Nul n'est en mesure de comprendre la politique étrangère d'un État sans avoir étudié, au préalable, la culture politique et la philosophie morale des hommes qui l'inspirent, la décident et l'exécutent. La culture, travaillée par l'héritage des peuples et les principes de constitution des États agit indirectement sur ces schèmes et influe profondément sur les délibérations des hommes d'État. Le rapport à la force et au droit détermine enfin les conditions d'organisation et les modes d'obtention du consensus. Si l'on accepte les axiomes des deux formules célèbres, celle de R. Aron d'abord, selon lequel la politique internationale « a été, toujours et par tous reconnue pour ce qu'elle est, une politique de puissance », et de H. J. Morgenthau ensuite, pour qui « international politics, like all politics, is a struggle for power », l'approche « moraliste-légaliste » signale plutôt l'impuissance du droit dans l'ordonnancement d'une société atomisée et non intégrée que son primat sur la morale du combat ou sur les buts inavouables de la force. Ils ont toujours eu recours à la parole pour s'en justifier ou s'en défendre. Ces deux référents demeurent indispensables à toute analyse des constellations diplomatiques. Chez les réalistes, les modes d'action découleront des dictées de l'expérience, chez les idéalistes d'une syntaxe à réécrire ab imis fundamentis, selon les « voies très certaines de la science » (Descartes). Les difficultés de l'analyse théorique en matière de relations internationales s'expliquent en partie, par les tentatives de recherche de théories indifférentes à la dynamique historique et à l'hétérogénéité culturelle de l'univers fini. C'est seulement l'intérêt national qui semble justifier, aux yeux des réalistes américains, la poursuite d'une politique de puissance et l'utilisation résolue de la force. La neutralité de certains États est remise en cause (arc islamique), et la conscience religieuse, distincte ou séparée de la conscience nationale, absente, insuffisante ou inefficace, est remplie par un contenu identitaire, qui revendique tantôt un renouveau au moyen de la tradition, tantôt le rejet de la laïcité, comme séparation radicale du pouvoir et de la foi. Elle se situe entre le temps relatif et limité de la politique et le temps absolu des grandes certitudes et des grandes fondations. Opposées à l'approche réaliste et à l'égoïsme des nations, les théories idéalistes prétendent accréditer l'idée de la soumission des conduites interétatiques à des valeurs communes et à des règles, permanentes et transcendantes, supérieures aux intérêts nationaux. Il est convenu de reconnaître que les États constituent des personnalités, d'abord juridiques, douées d'une volonté, d'une intelligence, d'un intérêt et donc d'une raison propre, et que l'État dispose à ce titre et à plus forte raison d'une moralité et d'un sens historiques, assurés par un héritage particulier et par une volonté transcendante, qui dépassent celle des vivants, et s'expriment à travers les siècles, dans une culture, une tradition et une identité spécifiques ? L'État ou l'homme d'État peuvent-ils traduire une idée en statut territorial ou en acquis politique ? Selon la transcription américaine de la Machtpolitik allemande, la power politics ne peut être réduite à la seule survie nationale. Dans une conjoncture dans laquelle nous ne pouvons plus identifier certitude et raison, ni probabilité et incohérence et dans une vision de l'univers, où convergent notre expérience de l'existence et notre refus des mystiques, anciennes ou nouvelles, la réalité, sous toutes ses formes et en toute son équivoque, nous pousse à renoncer à l'illusion de « vivre » ce monde comme mémoire, nostalgique ou fanatique du passé, ou encore, comme réconciliation définitive et utopique de la vérité et de l'histoire, permettant d'échapper aux drames de la vie. Il en conclut pour une interprétation globale de toute la réalité, en toutes ses équivoques et en toutes ses antinomies, conformément à ce qui est, et donc au monde, hybride et impur, des idées et des passions, et guère à ce qui devrait être, au cas où les hommes, épris par leurs seules convictions, obéiraient à des impératifs moraux, séculaires ou transcendants. La paix par le droit est-elle une idée de la raison, au sens kantien du terme, indiquant une direction à l'action qui ne saurait jamais être réalisée dans l'histoire, ou bien la condition de fonctionnement d'un système international ? Or, les États ont tous une moralité relative, car nul État ne tient un principe pour un absolu auquel tout puisse être sacrifié. Les théories relatives aux schèmes du devenir et aux visions de l'évolution future, constituent autant d'interprétations du passé et, par conséquent, des traditions, de pensée et d'action, auxquelles ne peuvent se soustraire facilement les policy makers dans la définition de la politique étrangère. La diplomatie idéaliste-légaliste, prête aux risques et aux sacrifices les plus extrêmes, souvent vouée aux objectifs illimités, suggère des options et définit des stratégies en fonction de règles abstraites (l'équité ou la justice principielles). Maints exemples nous prouvent l'influence de schémas traditionnels conditionnant, à des degrés divers, la conduite diplomatico-stratégique et les comportements collectifs de certaines ethnies, dans leurs rapports de proximité avec d'autres groupes. L'originalité de ce type de relations résiderait dans le fait que, à la différence de toutes autres relations sociales, les rapports interétatiques se déroulent « à l'ombre de la guerre » (R. Aron), où l'ordre y est moins juridique que politique, moins institutionnel que relationnel. Une première théorie de l'idéalisme est énoncée par Emmanuel Kant dans Vers la paix perpétuelle. Conséquence : la discipline des Relations internationales est une discipline pluraliste ou, dans une perspective bourdieusienne, un champ scientifique, dans lequel coexistent et se succèdent des approches théoriques au succès d’autant plus précaire qu’il est lié à la génération et au contexte qui les ont vu émerger. Sans être soumis aux raisons de la violence et au visage démoniaque du pouvoir, il en comprend les impératifs et la nécessité. Il est difficile de définir une morale, lorsque l'existence physique est en jeu. Pour le réaliste, observer ce n'est pas transformer, éclairer ce n'est point changer. La politique mondiale, en soi hétérogène et, par inhérence, désordonnée, souligne, si besoin était, que ni les acteurs réguliers et classiques ni les actants irréguliers et exotiques n'obéissent aux mêmes principes et valeurs ni aux mêmes visions et rationalités. Dans la dimension du droit et dans celle des rapports de commandement et d'obéissance, le réaliste s'en tient à l'existence d'une hiérarchie, naturalisée in illo tempore, selon laquelle la puissance est une domination de l'homme sur l'homme, la capacité de restreindre la liberté d'un autre homme dans le choix de sa conduite, et de l'exercer, conformément à une légalité, grâce à un système d'ordre, imposé et institutionnalisé. Les États ont tous une moralité relative et ils obéissent souvent à l'opportunité. Les grands équilibres, qui ont permis notre victoire dans la bataille millénaire menée contre les forces aveugles de la sélection naturelle, risquent d'inverser le rapport originel entre le prédateur et sa proie, l'homme et la nature. La soumission des États à la morale et à la justice ! L'utilisation d'une théorie comporte l'inscription de la délibération d'un acteur dans une conjoncture particulière et la mise en accord de celle-ci avec l'évolution du cadre général de la conjoncture globale. Selon l'école idéaliste, la finalité de la politique étrangère doit être le respect des valeurs morales, des droits de l'homme. En relations internationales, l’idéalisme promeut une diplomatie ouverte et multilatérale, régulée par le droit international et les organisations internationales. Cette métaphysique prend appui sur une approche volontariste : substituer le règne de la violence par le règne de la justice et de la loi. Subordonner la sécurité collective à la survie, cela exige de clarifier préalablement la notion de survie, vu la multiplicité des interprétations de cette notion, par laquelle on peut sous-entendre les idées d'indépendance et de liberté d'action extérieure, la nature des régimes politiques et l'identité, culturelle ou religieuse, d'un pays ou d'une nation.